Un jour, votre enfant aura 18 ans. C'est une évidence et pourtant, écrite noir sur blanc, elle a quelque chose de vertigineux. L'enfant qui dort dans la pièce d'à côté, celui qui vient de naître, celle qui apprend à faire du vélo, sera un jour une jeune femme, un jeune homme, debout au seuil de sa vie d'adulte.
Et vous, le parent que vous êtes aujourd'hui, avec vos mots d'aujourd'hui, votre fatigue d'aujourd'hui, votre émerveillement d'aujourd'hui... ce parent-là n'existera plus tout à fait. Il aura changé, comme tout le monde. C'est exactement pour ça que cette lettre vaut la peine d'être écrite maintenant : elle est la seule façon pour votre enfant de 18 ans de rencontrer le parent que vous êtes en ce moment.
On se dit souvent qu'on écrira plus tard. Quand on aura le temps, quand on saura mieux quoi dire, quand l'enfant sera assez grand pour qu'on le connaisse vraiment.
C'est un malentendu sur ce qu'est cette lettre. Elle n'a pas besoin que vous connaissiez la personne qu'il deviendra. Sa valeur est exactement inverse : elle capture ce que lui ne pourra jamais connaître autrement, c'est-à-dire maintenant. La façon dont il prononce « spaghetti » de travers. Ce que vous avez ressenti la première fois qu'elle a dormi chez une copine. Le monde tel qu'il est cette année, votre cuisine, vos soucis, vos fous rires.
À 18 ans, personne ne se souvient d'avoir eu 3 ans. Votre lettre sera sa mémoire.
Il n'y a pas de règle, mais il y a des pistes qui ont fait leurs preuves. Prenez celles qui vous ressemblent.
Racontez-lui qui il est aujourd'hui. Ses mots inventés, ses peurs du soir, sa passion du moment, son plat préféré, la bêtise mémorable du mois dernier. Soyez précis : les détails minuscules sont ceux qui feront monter les larmes, pas les grandes phrases.
Racontez-lui qui vous êtes. C'est la partie qu'on oublie le plus souvent, et c'est peut-être la plus précieuse. Votre vie en ce moment, votre travail, vos doutes de parent, ce qui vous fait tenir. À 18 ans, on commence tout juste à comprendre que ses parents sont des personnes. Votre lettre lui donnera dix ans d'avance.
Dites-lui ce que vous voyez en lui. Pas ce que vous espérez qu'il devienne, ce que vous voyez déjà : sa ténacité, sa douceur avec les plus petits, sa façon de ne jamais lâcher un puzzle. Ces phrases-là, lues à 18 ans, deviennent des fondations.
Posez-lui des questions. Es-tu heureux ? Qu'est-ce qui te fait rire maintenant ? Est-ce que tu aimes toujours les orages ? Une lettre qui interroge n'est pas un monument qu'on visite, c'est une conversation qui commence.
Et souhaitez-lui ce qui compte. Pas une carrière, pas un chemin tracé. Du courage, de la curiosité, des amitiés vraies, le droit de se tromper. Les vœux les plus simples sont ceux qui tiennent dix-huit ans.
Deux écueils, connus de tous ceux qui ont tenté l'exercice.
La pression déguisée en amour. « J'espère que tu auras réussi tes études », « je sais que tu nous rendras fiers »... Ces phrases, écrites avec tendresse, peuvent peser une tonne le jour de la lecture, surtout si la vie a pris d'autres chemins. Souhaitez-lui d'être lui-même, pas de cocher vos cases.
La lettre parfaite. Celle qu'on recommence quatre fois et qu'on n'envoie jamais. Votre enfant de 18 ans ne notera pas votre style. Il cherchera votre voix, vos maladresses comprises. Une lettre imparfaite qui existe vaut infiniment plus qu'une lettre parfaite restée dans votre tête.
Et un conseil qui n'est pas un piège : vous n'êtes pas obligé d'écrire. Une voix qui raconte, une petite vidéo de la vie ordinaire, un dimanche matin filmé sans mise en scène... à 18 ans, entendre la voix de son parent d'il y a quinze ans est un cadeau que le papier ne fait pas.
C'est la vraie difficulté, et elle est trop peu prise au sérieux. Une lettre dans un tiroir traverse rarement une enfance : les déménagements, les oublis, la tentation de la relire et de la « corriger ». Un email programmé dépend d'un service qui devra survivre quinze ans et d'une adresse qui n'existe probablement pas encore. Nous avons comparé toutes les méthodes dans notre guide complet du message dans le futur.
C'est précisément pour ce genre de messages que WESEP existe. Vous écrivez, ou vous enregistrez, aujourd'hui. Vous choisissez la date exacte, le matin de ses 18 ans. Et le message est scellé : chiffré, verrouillé dans le temps par cryptographie, archivé de façon permanente. Personne ne peut le lire avant la date, pas même vous, pas même nous.
Votre enfant n'a pas encore de téléphone ni d'adresse email, et c'est bien normal. C'est pourquoi nous vous remettons un Passeport de l'Orbe, un document à imprimer et à conserver précieusement, par exemple avec son carnet de santé ou ses papiers importants. C'est lui qui permettra d'ouvrir le message le jour venu, même dans très longtemps, même si WESEP n'existe plus. Et si vous préférez, vous pouvez aussi choisir d'être prévenu vous-même à la date choisie, pour lui remettre le message de la main à la main.
Dix-huit ans, c'est loin. C'est exactement pour ça qu'on a construit quelque chose qui tient la distance.
Alors le voici, offert : « Aujourd'hui tu as [son âge], et pendant que tu [ce qu'il fait en ce moment], je t'écris pour dans longtemps. »
La suite viendra toute seule. Elle est déjà là, quelque part entre ce que vous vivez avec lui aujourd'hui et ce que vous espérez pour elle demain.
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