Écrire une lettre à son futur soi

Il y a un exercice que presque personne ne fait, et que tous ceux qui l'ont fait recommandent : s'écrire à soi-même, pour plus tard.

Pas un journal intime, qu'on relit le lendemain. Pas une liste de résolutions, qu'on oublie en février. Une vraie lettre, adressée à la personne que vous serez dans cinq ans, dix ans, vingt ans. Une lettre que vous ne pourrez pas relire, pas corriger, pas reprendre. Scellée jusqu'à sa date.

C'est un exercice bizarre au départ. On se sent un peu ridicule à écrire « cher moi ». Et puis quelque chose se passe, souvent à la troisième ou quatrième phrase.

Pourquoi ça marche

Parce que c'est le seul destinataire à qui vous n'avez aucune raison de mentir.

Vous n'écrivez pas pour impressionner, pas pour rassurer, pas pour être aimé. Vous écrivez à quelqu'un qui saura de toute façon. Cette personne connaîtra la vérité sur ce que vous vivez en ce moment, puisqu'elle l'aura vécu. Alors autant l'écrire franchement.

C'est aussi le seul exercice qui vous oblige à regarder le présent comme un moment qui passera. Ce qui vous obsède aujourd'hui, ce travail, cette peur, cette histoire, ne sera peut-être qu'une anecdote dans dix ans. Ou au contraire, le tournant que vous n'avez pas vu venir. Écrire pour plus tard, c'est prendre un peu de hauteur sans attendre d'y être forcé.

Et il y a la surprise, le jour de la lecture. Ceux qui ont fait l'exercice le disent tous : on se souvient d'avoir écrit une lettre, jamais de ce qu'on y a mis. Retrouver ses propres mots après des années fait un effet que rien d'autre ne reproduit.

Que mettre dedans

Cinq pistes qui fonctionnent bien. Prenez ce qui vous parle, laissez le reste.

Où vous en êtes, sans filtre. Votre travail, votre logement, vos finances, votre corps, vos relations. Décrivez votre vie comme vous la décririez à un ami très proche qui aurait tout oublié. Soyez concret : combien vous gagnez, ce qui vous fatigue, à quelle heure vous vous levez.

Ce qui vous préoccupe en ce moment. La décision que vous n'arrivez pas à prendre. La conversation que vous repoussez. Ce qui tourne en boucle le soir. Nommez-le. Dans dix ans, voir ce qui vous empêchait de dormir est souvent la partie la plus éclairante de la lettre.

Ce dont vous êtes fier, même si c'est petit. On sous-estime toujours ce qu'on a déjà traversé. Écrivez-le, parce que le vous du futur aura oublié à quel point c'était dur.

Ce que vous espérez. Non pas des objectifs chiffrés, mais ce qui compterait vraiment. « J'espère qu'on aura arrêté d'avoir peur de ça. » « J'espère qu'on écrit toujours. » « J'espère qu'on a osé partir. »

Des questions directes. Est-ce que tu es heureux ? Est-ce que tu as gardé contact avec elle ? Est-ce que tu fais encore ce métier ? Est-ce que tu as fini par comprendre ? Ces questions sont ce qui transforme la lettre en conversation, et pas en monologue.

Combien de temps attendre

Il n'y a pas de bonne réponse, mais l'expérience donne quelques repères.

Un an, c'est peu. On a peu changé, la lettre fait plutôt bilan. Bon pour commencer, pour se prouver que l'exercice n'est pas si étrange.

Cinq ans, c'est probablement le meilleur rapport émotion sur attente. Assez pour que la vie ait bougé, pas assez pour avoir tout oublié. La plupart des gens qui font l'exercice régulièrement s'installent autour de cette durée.

Dix ans et plus, c'est là que l'effet devient saisissant. Vous écrivez à un inconnu qui aura votre nom. Les questions prennent tout leur poids, et les réponses aussi.

Une bonne pratique : en écrire une maintenant à cinq ans, et une autre à quinze. Elles ne diront pas du tout la même chose.

Le problème, c'est de la retrouver

C'est là que l'exercice échoue le plus souvent. Une lettre écrite dans un carnet finira dans un carton. Un fichier sur l'ordinateur ne survivra pas à deux changements de machine. Un email programmé dépend d'un service et d'une adresse qui devront tenir dix ans. Et surtout, une lettre accessible est une lettre qu'on relit, qu'on modifie, qu'on ouvre en avance. Ce n'est plus une lettre au futur, c'est un brouillon.

Nous avons comparé toutes les méthodes dans notre guide complet du message dans le futur.

WESEP existe exactement pour ça. Vous écrivez, ou vous enregistrez votre voix, aujourd'hui. Vous choisissez la date. Le message est chiffré, verrouillé par cryptographie jusqu'à ce jour précis, et archivé de façon permanente. Vous ne pouvez pas le rouvrir avant, et c'est précisément ce qui lui donne sa valeur. Le jour venu, vous recevrez une notification, si votre adresse est toujours la même dans dix ou vingt ans. Pour ce que vous ne voulez pas laisser au hasard, nous vous remettons également un Passeport de l'Orbe, un document imprimable à conserver avec vos papiers importants : il garantit l'accès quoi qu'il arrive, même si vos coordonnées ont changé, même si WESEP n'existe plus.

Pour ce type de message, vous êtes à la fois l'expéditeur et le destinataire. C'est l'usage le plus simple de Wesep, et souvent le premier que les gens essaient.

Commencez maintenant, pas ce week-end

L'exercice prend vingt minutes. Il ne demande aucune préparation, aucune inspiration particulière, aucun moment idéal. Il demande juste de s'asseoir et de dire la vérité à quelqu'un qui la connaîtra de toute façon.

Une première phrase, si vous en avez besoin : « Je t'écris un [date], depuis [où vous êtes], et voilà où j'en suis. »

Le reste vient tout seul. Il est déjà là.

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